En 2026, j'ai décidé de tenir une promesse un peu folle : traverser l'Europe d'un bout à l'autre sans jamais monter dans un avion. Pas par purisme écologique, même si l'empreinte carbone y gagne énormément — un trajet en train émet en moyenne 80 % moins de CO2 qu'un vol équivalent. Non, ce qui m'a vraiment motivé, c'est l'envie de redécouvrir le plaisir d'arriver quelque part sans avoir subi trois heures de formalités, de files d'attente et de turbulences. Et surtout, l'envie de voir le paysage défiler sous mes yeux, plutôt qu'à travers un hublot rempli de nuages.
Après plusieurs mois à sillonner le réseau ferroviaire européen — des TGV français aux trains régionaux italiens, en passant par les célèbres lignes panoramiques suisses et autrichiennes — j'ai sélectionné cinq itinéraires qui sortent vraiment de l'ordinaire. Cinq voyages qui transforment le trajet lui-même en attraction. Cinq occasions de prendre son temps, pour une fois, et de regarder le continent défiler par la fenêtre.
Ce que je recommande vraiment
Avant de vous détailler les cinq itinéraires, je veux être clair : tous ne se valent pas. Certains sont mondialement connus et justifient leur réputation. D'autres m'ont surpris alors que je n'en attendais rien. Voici ce que je recommande les yeux fermés en 2026, et pourquoi.
Premier point non négociable : réservez vos sièges à l'avance. En haute saison (juin à septembre) et pendant les fêtes de fin d'année, les trains panoramiques affichent complet des semaines à l'avance. Le Glacier Express et le Bernina Express notamment partent de Zermatt, Tirano ou Saint-Moritz avec un nombre de places limité pour préserver l'expérience. J'ai vu des voyageurs refuser de monter parce qu'ils n'avaient pas de réservation : c'est frustrant et inutile quand on peut réserver en ligne pour 20 à 40 CHF supplémentaires.
Deuxième point : prenez un pass Interrail si vous faites plus de trois pays. En 2026, le Global Pass reste rentable à partir de 4 jours de voyage dans un mois (à partir de 396 € en deuxième classe pour les adultes). Pour les trajets courts ou les voyages dans un seul pays, achetez vos billets point à point : c'est presque toujours moins cher.
Troisième point : téléchargez les applications locales avant de partir. L'application DB Navigator (Deutsche Bahn) couvre toute l'Europe et donne les horaires en temps réel avec les retards. Trainline est idéale pour comparer les prix, mais SNCF Connect, Trenitalia et SBB Mobile (Suisse) vendent souvent les mêmes billets 5 à 15 % moins chers sans les frais de service. Quand un trajet existe sur deux plateformes, comparez toujours.
Quatrième point : les trains de nuit méritent vraiment d'être essayés. Le réseau Nightjet (ÖBB autrichien) relie Paris, Vienne, Zurich, Berlin, Amsterdam, Milan et Rome en wagons-lits modernes. C'est économique (à partir de 49 € en place assise, 89 € en couchette), écologique, et vous gagnez une nuit d'hôtel. J'ai testé le Paris-Vienne en décembre : douze heures de sommeil bercées par le rythme du rail, et arrivée au centre-ville à 8h du matin. Magique.
Cinquième point : acceptez que tout ne sera pas parfait. Les trains ont parfois du retard. Les correspondances peuvent être ratées. Un contrôleur peut être désagréable. La climatisation tombe parfois en panne en Italie. Mais ce sont précisément ces imperfections qui font que vous voyagez vraiment, et pas seulement que vous vous déplacez d'un point A à un point B.
Ce que j'ai changé d'avis
Quand j'ai commencé à préparer ce voyage, j'avais quelques convictions bien arrêtées. Plusieurs ont volé en éclats au fil des semaines. Voici les principaux retournements.
Le train est plus cher que l'avion. C'est ce que j'entends depuis dix ans. C'est faux dans 80 % des cas en Europe en 2026, à condition de réserver un peu à l'avance. Un Paris-Barcelone en TGV Inoui coûte entre 60 et 110 € en seconde classe, contre 50 à 80 € pour un vol low-cost — mais ajoutez au vol le transfert vers l'aéroport, le parking, et le temps perdu, et le train gagne largement. Sur les liaisons Paris-Londres, Paris-Amsterdam ou Paris-Milan, il n'y a même plus photo : le train est moins cher dès qu'on réserve plus de trois semaines à l'avance.
Le train est plus lent que l'avion. Sur le papier, oui : 5h30 de Paris à Barcelone contre 1h30 de vol. Mais en pratique, vol + transfert aéroport + enregistrement + contrôle + navette vers le centre-ville, c'est souvent 4h30 à 5h effectives. Et vous arrivez épuisé. En train, vous lisez, vous travaillez, vous dormez, vous mangez, vous regardez le paysage. Vous arrivez reposé et déjà immergé dans le pays. Le temps n'a pas la même valeur des deux côtés.
Il faut un Interrail pour voyager en train en Europe. Pas du tout. Pour un trajet unique Paris-Londres ou Paris-Amsterdam, un billet Eurostar direct coûte entre 70 et 120 € — c'est moins cher que le pass. Le Global Pass devient rentable à partir de quatre ou cinq trajets dans un mois. Pour un week-end ou un voyage court, oubliez le pass, achetez vos billets sur les sites officiels.
Les trains de nuit sont inconfortables et ringards. Vieux cliché. Les nouveaux Nightjet 2024-2026 d'ÖBB sont des wagons modernes avec couchettes ergonomiques, prises USB à chaque place, Wi-Fi gratuit et même un petit-déjeuner inclus dans certains compartiments. J'ai dormi mieux dans le Paris-Vienne que dans beaucoup d'hôtels trois étoiles. Et vous gagnez une nuit complète à l'hôtel.
Le réseau ferroviaire européen est désuni et compliqué. Il y a vingt ans, c'était vrai. Aujourd'hui, les choses changent vite. Le système EURail/Interrail couvre 33 pays, et de plus en plus de billets sont interchangeables. Les opérateurs historiquement fermés — la SNCF, Trenitalia, Deutsche Bahn — ouvrent progressivement leurs systèmes aux autres plateformes. Trainline, Omio et Wanderio permettent de comparer et d'acheter des billets combinés. Ce n'est pas encore aussi simple qu'aux États-Unis avec Amtrak, mais ça progresse.
Ce qu'il faut éviter
Aussi, parce qu'un bon guide se doit d'être honnête, voici tout ce que vous devriez absolument éviter pour ne pas gâcher votre voyage ferroviaire.
Évitez les voyages pendant les week-ends de pont. J'ai testé le TGV Paris-Marseille un vendredi soir de grand départ : 2h30 de retard, wagon bondé, ambiance électrique. Résultat : un trajet de 4h30 transformé en 7h de stress. Les trains sont pleins les vendredis soirs, dimanches soirs et veilles de fête. Si vous le pouvez, partez en semaine ou tôt le matin.
Évitez les correspondances trop courtes. Une correspondance de 5 minutes dans une grande gare parisienne, c'est jouable. Dans une petite gare régionale allemande ou italienne, c'est un risque énorme. Prévoyez toujours au moins 20 à 30 minutes entre deux trains, surtout en Italie où les retards sont fréquents. J'ai raté une correspondance à Bologne avec 7 minutes d'écart : résultat, 2h d'attente sur le quai pour le train suivant.
Évitez d'acheter vos billets sur Trainline quand Trenitalia ou SNCF vend moins cher. Trainline prend une commission de 5 à 15 % sur chaque billet. Pour les billets nationaux français et italiens, passez toujours par les sites officiels. Pour les billets internationaux complexes, Trainline reste utile parce qu'elle regroupe tout en une seule interface.
Évitez les wagons-lits sans compartiment fermant à clé. Sur certains trains de nuit, surtout en Europe de l'Est, les compartiments peuvent être partagés avec des inconnus. Privilégiez les couchettes privées à 2 ou 4 personnes, même si c'est un peu plus cher. Pour une femme seule, c'est non négociable.
Évitez les trains sans réservation en haute saison. En France, tous les TGV et Intercités exigent une réservation. En Italie, les trains régionaux (Regionale) sont sans réservation mais les Frecciarossa et Frecciargento exigent un siège attribué. Si vous montez dans un train sans réservation et qu'il est complet, vous risquez une amende.
Évitez de sous-estimer le poids de votre bagage. Les trains européens n'ont pas de limite stricte comme les avions, mais monter et descendre d'un wagon avec une valise de 25 kg dans les escaliers étroits, c'est l'enfer. Voyagez léger : un sac à dos cabine de 40 litres et un petit sac de jour suffisent pour deux semaines en Europe en été.
Évitez enfin de croire les promesses de "Wi-Fi gratuit" dans tous les trains. Certains trains allemands et suisses ont un excellent Wi-Fi. La plupart des trains italiens et français n'ont qu'un réseau 3G/4G capricieux, surtout dans les tunnels. Téléchargez vos séries, vos livres et vos podcasts avant de partir.
Itinéraire 1 : Le Glacier Express (Suisse)
Le Glacier Express est sans doute le train panoramique le plus célèbre au monde. Il relie Zermatt à Saint-Moritz en 7h30 à travers les Alpes suisses, traversant 291 ponts, 91 tunnels et le col de l'Oberalp à 2 033 mètres d'altitude. Le train circule toute l'année (avec quelques interruptions en automne pour maintenance), et le prix en 2026 est d'environ 245 CHF en deuxième classe, 405 CHF en première classe.
Ce que j'ai aimé : les fenêtres panoramiques sont immenses, le paysage est à couper le souffle (la vallée de la Reuss, le pont de Landwasser, la gorge du Rhin). Le repas à bord (le célèbre "Glacier Express Menu", à 50 CHF) est correct et évite de descendre au wagon-restaurant. Le service à bord est irréprochable.
Ce qui m'a déçu : le train est bondé en haute saison. Vous serez assis à côté d'autres voyageurs et l'intimité est limitée. Les paysages spectaculaires sont concentrés sur les 2 premières heures et les 2 dernières ; le milieu du trajet est plus monotone. Et à 245 CHF le billet, on attend presque un peu plus de magie.
Mon conseil : partez de Zermatt le matin (8h38) pour avoir la meilleure lumière sur le Matterhorn et les vallées alpines. Réservez votre siège côté fenêtre en avance sur le site officiel (glacierexpress.ch). Et prenez le Bernina Express pour le retour : c'est la même compagnie mais le trajet Saint-Moritz-Tirano est tout aussi spectaculaire, et un peu moins touristique.
Itinéraire 2 : Le train de la Côte Vermeille (France)
Moins connu que ses homologues suisses, le train jaune de Cerdagne et la ligne TER de la Côte Vermeille offrent une alternative française étonnante. La ligne classique relie Perpignan à Cerbère (frontière espagnole) en 1h15, longeant la Méditerranée et offrant des vues spectaculaires sur la côte rocheuse des Albères.
Le prix est imbattable : 9 € en TER classique, gratuit avec un abonnement SNCF. Les trains partent plusieurs fois par jour depuis la gare de Perpignan. C'est le moyen idéal pour visiter Collioure, Banyuls-sur-Mer et Cerbère sans voiture.
Ce que j'ai aimé : le rapport qualité-prix imbattable. La vue sur la mer et les vignobles en terrasses est sublime, surtout au coucher du soleil. Collioure est l'un des plus beaux villages de France, et Banyuls est charmant avec son port de pêche authentique.
Ce qui m'a déçu : les trains sont anciens et la climatisation est parfois défaillante. Les wagons ne sont pas panoramiques, donc vous devez vous pencher pour profiter de la vue. La ligne est aussi courte et il n'y a pas de wagon-restaurant.
Mon conseil : partez en fin d'après-midi pour avoir la lumière dorée sur les Albères. Combinez avec une journée à Collioure pour découvrir le château royal et le sentier du littoral. Le Train Jaune dans les Pyrénées (à 2h de Perpignan) est aussi magnifique : 63 km de train à voie métrique, 22 tunnels, deux viaducs spectaculaires et une vue à 360° sur les massifs pyrénéens. Comptez 35 € pour un aller-retour depuis Perpignan.
Itinéraire 3 : Le sud de l'Italie (Rome-Naples-Sicile)
L'Italie du Sud est probablement la meilleure destination ferroviaire européenne en 2026, et c'est aussi la plus sous-estimée. Le réseau Trenitalia dessert Naples, Pompéi, la côte amalfitaine (avec quelques bus), la Calabre, la Sicile et la Sardaigne. Le Frecciarossa relie Rome à Naples en 1h10 pour 35 à 60 €. Le ferry-train pour la Sicile permet d'embarquer votre voiture ou de descendre directement à Palerme.
Ce que j'ai aimé : les prix sont extrêmement raisonnables, surtout sur les trains régionaux. La gare de Naples Centrale est un spectacle architectural en soi. La traversée en ferry de nuit de Naples à Palerme (avec wagons-lits embarqués) est une expérience unique au monde. La Calabre reste l'une des régions les plus authentiques et les moins touristiques d'Europe.
Ce qui m'a déçu : la ponctualité est aléatoire. J'ai connu un retard de 1h30 sur un Rome-Naples sans explication. La côte amalfitaine n'est pas accessible en train : il faut prendre un bus SITA depuis Naples ou Salerne. Et la Sicile intérieure demande souvent une voiture de location pour les sites archéologiques les plus intéressants.
Mon conseil : prenez le Frecciarossa pour les longues distances (Rome-Naples, Naples-Florence, Milan-Rome) et réservez vos billets 2 à 3 semaines à l'avance sur le site Trenitalia. Pour les trajets régionaux (Naples-Pompéi, Catane-Syracuse, Palerme-Cefalù), pas besoin de réserver : il y a toujours de la place. Et surtout, n'oubliez pas de valider votre billet dans les machines jaunes à l'entrée du quai.

Le sud de l'Italie reste pourtant mon coup de cœur ferroviaire de 2026. Il y a quelque chose de magique à arriver à Palerme après une nuit passée sur le ferry, à voir la lumière dorée du matin se lever sur le port, et à sentir déjà les odeurs de la Sicile — la mer, le jasmin, les pistaches, le pain chaud. C'est une autre façon de découvrir l'Italie, loin des itinéraires milanais ultra-répertoriés.
Itinéraire 4 : Le Bergen Railway (Norvège)
Le Bergen Railway (Bergensbanen) relie Oslo à Bergen en 7 heures à travers l'une des régions les plus sauvages d'Europe. C'est l'une des lignes ferroviaires les plus septentrionales au monde, et elle traverse des paysages spectaculaires : le plateau de Hardangervidda (le plus grand plateau de haute montagne d'Europe), les fjords de l'ouest, et les forêts de pins de Telemark.
Le prix en 2026 est d'environ 700 à 1 100 NOK (60 à 95 €) en deuxième classe selon la saison et la disponibilité. Les trains partent tous les jours d'Oslo S (gare centrale) vers 8h05 et arrivent à Bergen vers 15h. Le Wifi est gratuit, les sièges sont confortables, et il y a un wagon-restaurant.
Ce que j'ai aimé : le paysage est à couper le souffle, surtout sur le plateau de Hardangervidda. Vous traversez des paysages quasi arctiques, des lacs glaciaires, des cascades, et des forêts de bouleaux. En automne, les couleurs sont spectaculaires. La gare de Bergen est l'une des plus belles gares historiques d'Europe.
Ce qui m'a déçu : la météo peut gâcher le spectacle. J'y suis allé sous une pluie battante pendant 5 heures : le paysage était gris et le hublot était couvert de buée. C'est un trajet qui dépend entièrement de la chance. Le prix est aussi élevé pour 7 heures de train, et il n'y a pas de wagon panoramique dédié.
Mon conseil : partez en septembre ou octobre pour les couleurs d'automne et une météo plus stable. Asseyez-vous côté droit en allant d'Oslo vers Bergen pour avoir les meilleures vues sur les montagnes. Combinez avec la célèbre Flåm Railway (la ligne ferroviaire la plus pentue du monde, 20 km à 5,5 % de pente moyenne) qui part de Myrdal, sur la ligne principale, jusqu'au fjord de Flåm. Un trajet en train dans la branche latérale coûte 50 à 70 € supplémentaires, mais c'est un complément parfait au Bergen Railway.
Itinéraire 5 : Le Paris-Vienne de nuit (France-Autriche)
Je termine par un itinéraire qui n'est pas "pittoresque" au sens classique du terme — pas de glaciers ni de fjords. Mais c'est celui qui m'a le plus marqué cette année. Le Nightjet 470 relie Paris-Est à Vienne en 13h30 de nuit, à travers l'Allemagne du Sud et la Bavière. Vous vous endormez en France, vous vous réveillez en Autriche.
Le prix est imbattable : à partir de 49 € en place assise, 89 € en couchette à 4 personnes, 129 € en couchette privée à 2 personnes. Le train part à 19h12 de Paris et arrive à 9h42 à Vienne. Vous traversez Strasbourg, Munich et Salzbourg pendant la nuit.
Ce que j'ai aimé : le confort est surprenant pour le prix. Les couchettes sont propres, les draps sont fournis, et il y a un petit-déjeuner simple mais suffisant (café, croissant, jus d'orange) à bord. Vous gagnez une nuit d'hôtel et vous arrivez directement au centre-ville de Vienne. Le contrôleur parle souvent français et anglais, et l'ambiance dans le wagon-lit est particulière : cette camaraderie silencieuse des voyageurs de nuit.
Ce qui m'a déçu : le passage des frontières (Allemagne, Autriche) peut réveiller les passagers légers. Le Wi-Fi est inexistant dans certains wagons. Et le wagon-restaurant est souvent fermé la nuit — prévoyez d'apporter votre propre dîner.
Mon conseil : réservez une couchette privée à 2 personnes si vous voyagez en couple ou avec un ami : le confort justifie largement les 40 € supplémentaires par rapport à une couchette partagée. Apportez un oreiller supplémentaire et une bouteille d'eau. Et profitez du silence du wagon-couchettes pour lire, écrire, ou simplement regarder défiler les lumières des villes allemandes pendant que vous vous endormez.
L'histoire
Le réseau ferroviaire européen n'est pas un accident de l'histoire. Il est né d'une vision politique ambitieuse : celle de connecter les peuples du continent par le rail, avant même que les voitures et les avions n'existent. Et cette vision a connu des hauts, des bas, et une renaissance spectaculaire au XXIe siècle.
Le XIXe siècle : l'âge d'or du rail
La première ligne ferroviaire continentale a ouvert en 1826 entre Saint-Étienne et Andrézieux, en France. En 1880, le réseau européen totalisait déjà 200 000 km de voies. À cette époque, le train était l'équivalent de l'internet d'aujourd'hui : il transformait les sociétés, reliait les villes, créait des marchés nationaux unifiés, et raccourcissait le temps de manière vertigineuse.
L'Orient-Express, lancé en 1883 par Georges Nagelmackers, est devenu l'incarnation du voyage ferroviaire romantique. Il reliait Paris à Istanbul en 3 jours, traversant des paysages mythiques : les Balkans, le Danube, les Carpates. Agatha Christie en a fait le décor de son célèbre roman Murder on the Orient Express en 1934.
Le XXe siècle : le règne de la voiture et de l'avion
Après la Seconde Guerre mondiale, le réseau ferroviaire européen a été délaissé au profit de la voiture individuelle et de l'avion. Les lignes secondaires ont été fermées par milliers, surtout en France et au Royaume-Uni. Les trains de nuit ont progressivement disparu du paysage européen, remplacés par les vols intérieurs bon marché.
Le TGV, lancé en 1981 entre Paris et Lyon, a relancé l'intérêt pour le train à grande vitesse. Mais le réseau est resté longtemps national, fermé et incompatible entre les pays. Pour traverser l'Europe, il fallait prendre un TGV français, puis un ICE allemand, puis un train autrichien, chacun avec ses propres billets, ses propres horaires et ses propres règles.
Le XXIe siècle : la renaissance verte
Depuis les années 2010, le train connaît une renaissance spectaculaire en Europe. Trois facteurs convergents expliquent ce retour en grâce : la prise de conscience écologique (le train est 80 % moins polluant que l'avion sur les courtes distances), la libéralisation du marché ferroviaire (qui a fait baisser les prix), et la digitalisation (qui rend la réservation plus simple).
L'Union européenne a fixé un objectif ambitieux : doubler le trafic ferroviaire à grande vitesse d'ici 2030, et tripler le réseau à grande vitesse d'ici 2050. Le projet Rail Baltica reliera Varsovie, Kaunas, Riga et Tallinn en 2026. La liaison Lyon-Turin, en construction, ouvrira à l'horizon 2032 et raccourcira de moitié le temps de trajet entre la France et l'Italie.
Les trains de nuit, déclarés morts dans les années 2000, sont en plein renouveau. ÖBB a réinvesti massivement dans les Nightjet depuis 2016. La SNCF a lancé ses propres trains de nuit Paris-Nice, Paris-Aurillac et Paris-Cerbère en 2021. Et plusieurs opérateurs privés (European Sleeper, Midnight Trains) prévoient de nouvelles liaisons pour 2026 et 2027.
L'Europe en train en 2026 : l'état des lieux
En 2026, voyager en train à travers l'Europe n'a jamais été aussi simple, aussi bon marché et aussi agréable. Le réseau à grande vitesse relie toutes les grandes villes du continent : Paris, Londres, Amsterdam, Bruxelles, Francfort, Zurich, Milan, Barcelone, Lyon, Marseille, Vienne, Prague, Budapest. Le réseau Interrail/EuroRail couvre 33 pays et 30 000 destinations. Les trains de nuit relient 25 grandes villes européennes. Les trains régionaux desservent les zones rurales.
Il reste bien sûr des défis : la ponctualité est inégale (excellente en Suisse, aléatoire en Italie), les prix peuvent monter en flèche en haute saison, et certaines liaisons restent peu pratiques (notamment la côte amalfitaine et la Corse). Mais l'avenir est radieux, et chaque année apporte son lot d'améliorations.
Le bilan honnête
Après ces quelques mois de voyage ferroviaire à travers l'Europe, voici mon bilan sans filtre.
Ce que j'ai gagné : un rythme de voyage radicalement différent. En avion, vous partez et vous arrivez, mais le voyage lui-même est un no man's land. En train, chaque trajet fait partie de l'expérience. J'ai vu des paysages extraordinaires que je n'aurais jamais vus en avion : la traversée des Alpes suisses au lever du soleil, la côte italienne en automne, le plateau norvégien sous la neige, les lumières de Munich à 3h du matin. J'ai aussi gagné du temps utile : j'ai lu six livres, écrit une bonne partie de cet article, et travaillé sur plusieurs projets pendant mes trajets.
Ce que j'ai perdu : du temps total de trajet. Certains trajets prennent 2 à 3 fois plus de temps qu'en avion (Paris-Marseille : 3h30 en TGV contre 1h30 en vol). J'ai aussi perdu en confort sur certains trains italiens et français, où la climatisation était défaillante et les sièges usés. Et j'ai parfois galéré avec les correspondances manquées et les retards imprévus.
Ce que je referais : absolument tout. Voyager en train à travers l'Europe est une expérience qui change votre rapport au voyage. Vous n'êtes plus pressé, vous n'êtes plus stressé, vous n'êtes plus isolé derrière un hublot. Vous êtes dans le paysage, vous êtes dans le pays, vous êtes dans le mouvement. C'est une autre philosophie du voyage, et je crois sincèrement que c'est la meilleure.
Ce que je changerais : la prochaine fois, je partirais avec un sac encore plus léger. J'ai réalisé que 80 % de ce que j'avais emporté n'a pas servi. Je voyagerais aussi avec plus de flexibilité dans mes dates pour profiter des billets les moins chers. Et je passerais plus de temps dans chaque ville : la tentation de l'itinérance ferroviaire pousse à bouger toujours plus, mais parfois, rester trois nuits dans la même ville vaut mieux que d'en traverser cinq.
Mon conseil final : commencez petit. Si vous n'avez jamais pris le train en Europe, commencez par un week-end Paris-Londres ou Paris-Amsterdam. Achetez un billet Eurostar sur le site officiel, prenez une valise cabine, et partez pour 48 heures. Vous comprendrez immédiatement ce que je veux dire. Et quand vous serez rentré, vous aurez envie de réserver votre prochain trajet ferroviaire.
Le train n'est pas qu'un moyen de transport. C'est une façon de voyager. Et en 2026, c'est plus que jamais la meilleure façon de découvrir l'Europe.